L’agence spatiale européenne vient de choisir le site d’atterrissage du module Philae de la sonde Rosetta sur la comète 67P : si tout se déroule correctement durant les prochaines semaines, il se posera le 11 novembre sur le petit lobe du noyau.

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Le site J, situé sur le petit lobe du noyau biscornu de la comète 67P Churyumov-Gerasimenko, a été choisi ce week-end comme site d’atterrissage principal pour le module Philae par les responsables de la mission européenne Rosetta. Crédits : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

« Le choix de ce site est l’aboutissement d’un processus complexe, impliquant plus d’une centaine de personnes et qui a pu être mené à bien en quelques semaines seulement. Malgré la difficulté de trouver un site idéal selon tous les critères sur cette comète au relief particulièrement accidenté, il est remarquable que ce choix difficile ait pu être obtenu avec un consensus général entre tous les intervenants » affirmait dimanche après-midi Francis Rocard, responsable du programme Rosetta pour le CNES, à l’issue d’un intense week-end de travail qui venait de réunir à Toulouse plus de 70 scientifiques venus de toute l’Europe et des États-Unis. Fin août, les mêmes personnes avaient présélectionné 5 sites d’atterrissage dans une liste qui en comptait une dizaine. Depuis, les sites avaient été scrutés sans relâche par les instruments de la sonde Rosetta, qui orbite à présent à près de 29 km de distance autour du noyau de la comète 67P Churyumov-Gerasimenko.

Désigné par la lettre J dans la liste initiale, le site sélectionné à l’unanimité ce week-end se situe sur le petit lobe du noyau, la tête du canard pour reprendre l’image évoquée en juillet lorsque la structure bilobée était apparue sur les images prises par le téléobjectif de Rosetta. Pour Stephan Ulamec, responsable de l’atterrisseur Philae au DLR German Aerospace Center :

« Comme nous l’avons vu sur les dernières images à haute résolution, le noyau est un monde merveilleux et impressionnant. Scientifiquement c’est passionnant, mais sa forme le rend particulièrement difficile d’accès. Aucun des sites présélectionnés ne remplit tous les critères opérationnels à 100 %, mais le site J est manifestement la meilleure solution. »

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Utilisez des lunettes avec un filtre rouge à gauche et vert ou bleu à droite pour apprécier cet anaglyphe centré sur le site J. Les deux images ont été prises par la caméra OSIRIS-NAC de Rosetta le 26 août à 48 km du noyau ; la résolution est de 0,96 m/pixel. Crédits : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

La zone de 1 km2 centrée sur le site J montre une majorité de terrains avec des pentes de moins de 30° ce qui est indispensable pour que Philae ne se renverse pas lors de l’atterrissage. De plus, les scientifiques qui ont compté les blocs de toutes dimensions visibles sur les différents sites estiment qu’il y en a plutôt moins sur J ; c’est un argument très important car le module Philae tombera sur la surface sans pouvoir modifier sa trajectoire balistique et s’il heurte un gros bloc à l’impact et se retourne s’en sera terminé de sa mission au sol ! La période jour/nuit et l’ensoleillement du site J sont bons et permettront de recharger régulièrement la batterie secondaire. Par ailleurs, les calculs de navigations effectués au SONC (CNES, Toulouse) montrent que la descente de Philae devrait durer 7 heures environ, ce qui n’empiétera pas trop sur le temps de fonctionnement de sa batterie principale, qui est d’une soixantaine d’heures, et permettra à chacun des 10 instruments de Philae de fonctionner au moins une fois au sol. Il faut noter que certains instruments seront activés durant la descente et que des images seront prises régulièrement et relayées vers la Terre par Rosetta. Enfin, Philae devrait heurter la surface à la vitesse de 0,95 m/s (3,4 km/h), soit dans la limite de la résistance mécanique de sa structure, et s’y ancrer aussitôt pour ne pas rebondir dans l’espace étant donnée la très faible force d’attraction de ce tout petit corps du Système solaire.

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Zoom sur le site de secours C qui se situe sur le grand lobe ; l’image a été prise par la caméra OSIRIS-NAC à 70 km de distance du noyau ; la résolution est de 1,5 m/pixel. Crédits : ESA/Rosetta/MPS for OSIRIS Team MPS/UPD/LAM/IAA/SSO/INTA/UPM/DASP/IDA

Les scientifiques qui étaient réunis ce week-end à Toulouse ont également choisi un site de secours pour remplacer le site J si les observations détaillées des prochaines semaines révélaient des défauts insoupçonnés aujourd’hui. Après de longs débats, c’est finalement le site C qui a été retenu car il offre un très bon profil d’illumination et semble moins recouvert de blocs potentiellement dangereux que le site B avec lequel il était en concurrence. Pour les scientifiques, le défaut de ce site de secours est qu’il ne permettra pas un bon fonctionnement de l’instrument CONSERT qui doit tenter de réaliser une tomographie du noyau. Mais, si les investigations poussées qui seront menées durant les prochaines semaines ne révèlent aucune contre-indication, le site C ne sera pas nécessaire. Le 26 septembre, l’ESA devrait confirmer la validité du site J, ainsi que la date d’atterrissage qui, à ce jour, est toujours programmé le 11 novembre.

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