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La tentation du drone-policier

Le sujet est sensible et le terrain potentiellement glissant. L’initiative a donc été annoncée très en amont et avec un luxe de précautions mais avec un minimum de commentaires de la part de ses organisateurs. Ainsi donc, vendredi 19 septembre dans la soirée, la Préfecture de police de Paris (PP) réalisera à Créteil (Val-de-Marne) un test grandeur nature d’utilisation de drones de surveillance.

Ce « lâcher » aura lieu autour de la rencontre de Ligue 2 de football opposant Créteil à Clermont, au stade Duvauchelle. Un petit drone pesant moins de deux kilos équipé d’une caméra et un autre bien plus gros ( vingt kilos) et doté de deux caméras dont une thermique pour la vision nocturne, seront mis en œuvre. Pour la Préfecture de police, il s’agit de tester ces engins volants qui présentent l’intérêt de ne pas exposer les représentants des forces de l’ordre lorsqu’il s’agit de mener des opération destinées à « obtenir des informations sur des zones à risques » notamment en cas d’émeutes urbaines ou de prise d’otages. Conformément à la réglementation, précise la PP, les deux drones ne pourront pas survoler le public, les espaces privés ou suivre des groupes de personnes. Cette expérience n’est pas organisée par hasard à l’occasion d’un match de football. Dans la perspective de l’Euro 2016, qui se tiendra en France, les forces de l’ordre commencent à s’intéresser sérieusement à la mise à contribution de drones afin de détecter les mouvements de foules – et les éventuels hooligans – autour et à l’intérieur des stades. Comme ce fut le cas durant la dernière Coupe du monde, au Brésil.

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Il n’y a a pas qu’en région parisienne que les policiers avouent une forte appétence pour les aéronefs télécommandés. Une démonstration organisée le 28 août par le Service départemental d’incendie et de secours des Bouches-du-Rhône, destinée à mettre en évidence ses deux drones, dont l’acquisition a été subventionnée par le Conseil général, a visiblement suscité un très vif intérêt parmi les représentants de la police judiciaire, raconte La Provence.

« Les drones constituent un outil intéressant pour surveiller une manifestation, retrouver un fuyard ou observer ce qui se passe au coeur d’une cité » considèrent les policiers marseillais.

Ceux-ci souhaiteraient, dans un premier temps, pouvoir utiliser les drones des pompiers ­ et, donc, faire  appel aux pilotes du Service départemental d’incendie pour mener d’éventuelles opérations de maintien de l’ordre. Il y a tout juste un an, le président (PS) de la communauté urbaine de Marseille Eugène Caselli, s’était taillé un franc succès en suggérant de faire de l’agglomération phocéenne « un véritable laboratoire contre le crime » en utilisant des drones pour lutter contre l’insécurité. Hors de France, les services de police réclament eux-aussi des auxiliaires volants. La ville du Cap, en Afrique du sud, a annoncé le 12 septembre son intention de s’équiper de drones, soulignant que ceux-ci sont bien moins chers que le recours à des hélicoptères. Sont envisagés des missions tous azimuts: surveillance de zones occupées illégalement, lutte « contre le crime, les vols de métaux et les incendies ».

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Cependant, la perspective de voir des patrouilles de drones survoler l’espace urbain ne ravit pas tout le monde. Le 15 septembre, une manifestation dénonçant « la militarisation de la police » s’est tenue devant  la mairie de Los Angeles afin d’interpeller le maire de la Cité des Anges, Eric Garcetti. Après avoir d’abord jugé « angoissante » la perspective de voir la police s’en remettre à des drones, l’élu démocrate soutient désormais une loi de l’Etat de Californie permettant à la Los Angeles Police Department (LAPD) d’en faire l’usage. Les deux drones récemment acquis par le LAPD auprès de la police de Seattle ne pourront être utilisés qu’après avis d’une commission constituée au sein de la police et après délivrance d’un mandat par la justice. Des dérogations, toutefois, sont prévues s’il s’agit d’opérations destinées à secourir des personnes, à lutter contre des incendies ou de certains cas de force majeure comme la nécessité de se lancer aux trousses de malfaiteurs. Des possibilités de contourner la loi que les organisations constituées pour s’opposer à l’utilisation de drones jugent bien trop laxistes. Celles-ci continuent depuis plusieurs jours de mener des actions de protestation contre des caméras volantes qui « viennent s’ajouter à l’énorme arsenal tactique et aux dispositifs de surveillance des citoyens qui existent déja ». La Préfecture de police de Paris aimerait sans doute éviter d’être confrontée à ce genre de contestation.

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