Spécialiste de ces petits engins volants, Rodolphe Jobard sort un livre qui dresse l’état de l’art en matière de drones : histoire, spécificités techniques, législation, etc. On fait le point avec lui sur le sujet.

Rodolphe Jobard est passionné d’aéromodélisme depuis l’enfance. Il découvre l’usage des drones dans les rizières au Japon à la fin des années 90. Salarié plus tard d’un grand producteur d’électricité, il y introduit le recours aux drones sur les chantiers pour obtenir une vision reconstituée des terrains. Il est aujourd’hui en train de monter sa propre société, Dronea, pour mettre les drones au service de l’industrie. Et continue de donner des cours à l’école aéronautique Eurosae. Il sort ce 18 septembre le livre Les drones. La nouvelle révolution aux Editions Eyrolles.

01net : Pourquoi ce livre ?

Rodolphe Jobard : Quand j’utilise des drones sur un chantier, on me pose toujours les mêmes questions. J’ai eu envie d’y répondre dans un livre de vulgarisation qui s’adresse à tout le monde : ados, adultes, geeks ou pas, civiles et militaires. Un ouvrage qui dresse l’état de l’art des connaissances et résume la réglementation en matière de drones.

C’est quoi un drone ?

Traduit littéralement de l’anglais, cela veut dire un faux-bourdon. C’est un terme qui s’est généralisé dans les années 30 dans les pays anglo-saxons pour désigner les aéronefs sans pilote à bord. Mais il ne s’est imposé en France que récemment. Moi, je préfère parler de système de drone parce que c’est un ensemble : il y a toujours une station de contrôle et un système de récupération en plus de l’aéronef.

Dans votre livre, on découvre que leur origine remonte à 14-18…

Oui, beaucoup de gens croient qu’ils sont apparus pendant la deuxième guerre du Golfe. Mais les militaires essayent de faire voler des avions sans pilote depuis les débuts de l’aviation. Pendant la première guerre mondiale, les premiers drones ont servi de bombes volantes. Mais ils étaient dangereux car ils manquaient de précision.

Comment les drones ont-ils émergé sur le marché civil ?

Les drones sont restés longtemps cantonnés au domaine militaire pour faire de l’observation et du renseignement, servir de leurres ou même attaquer. Il y a une vraie rupture technologique avec le GPS à la fin des années 90 qui a permis de connaître précisément la position d’un drone dans l’espace. Et les progrès de la téléphonie mobile les ont fait bénéficier de la miniaturisation des capteurs. Ils ont ainsi commencé à être utilisés dans le domaine civil au début des années 2000. Mais les drones militaires, trop chers, sur-spécifiés et très réglementés ont échoué à trouver des débouchés sur le marché civil. Il a fallu développer de nouveaux modèles.

Que pensez-vous des expérimentations de Google et d’Amazon concernant la livraison par drone ?

Concernant Google, je trouve le modèle utilisé très intéressant. C’est un drone convertible mi-avion, mi-hélicoptère sans piste d’atterrissage avec un fil qui sert d’ascenseur pour livrer la charge utile. Et le scénario est crédible : il s’agit de survoler des zones peu peuplées pour secourir des gens en leur fournissant des médicaments, par exemple.
Pour Amazon, je suis plus circonspect vis-à-vis de ce projet qui me semble relever de la science-fiction pour le moment. Il réunit les pires conditions pour faire voler un drone : au-dessus de zones urbaines et sans pilote avec une vue directe sur l’engin. Sachant qu’on perd le signal GPS entre deux immeubles et que la ville est pleine d’obstacles comme les lampadaires, par exemple. Le fameux système de « sense and avoid » censé permettre de se passer d’un pilote à vue n’a été pour le moment expérimenté que lors de tests. Cela relève encore du domaine du laboratoire.

Et la connexion internet grâce aux drones ?

C’est une piste prometteuse à condition de les faire voler assez haut. Mais il est déjà possible de faire voler des drones plusieurs jours, voire plusieurs semaines grâce à un système de batterie qui se recharge avec des capteurs solaires.

Comment va évoluer la législation, selon vous ?

On va vers un relâchement des contraintes concernant les distances permises de vol. Mais je ne pense pas qu’on augmentera la hauteur qui est fixée à 150 mètres maximum. Au-delà, on entre en conflit avec le trafic aérien.

Quels sont les principaux obstacles au développement des drones selon vous ?

Il y a une très grande crainte au niveau du respect de la vie privée. Les Américains y sont très sensibles d’ailleurs. Beaucoup de gens là-bas ont peur qu’un drone fasse irruption et les prennent en photo dans leur intimité. Il faut donc réussi à réguler les comportements, en plus des législations nationales.

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