Tours végétales, buildings à capteurs solaires surplombant les immeubles… L’architecte belge Vincent Callebaut réinvente le cœur de Paris et, au loin, l’ouest de la ville, vu depuis Notre-Dame. Vincent Callebaut Architecture

Paris, ville musée. Avec sa tour Eiffel, ses bâtiments haussmanniens et ses ponts majestueux, notre capitale est la première destination touristique du monde (32,3 millions de visiteurs en 2013).

Pour les Parisiens, le quotidien est moins féerique. Pollution, manque d’espaces verts, coût du logement… Les désagréments sont nombreux. La Ville Lumière est-elle en train de perdre de son éclat ? Pas forcément, car plusieurs projets récents se proposent de la réinventer. Le pari semble fou, mais il a déjà été tenu. Sous le Second Empire (1852-1870), le baron Haussmann n’avait-il pas redessiné Paris de fond en comble, à la demande de Napoléon III ?  Avec une audace digne de son illustre prédécesseur, l’architecte Jean-Paul Viguier s’est penché sur la plus célèbre avenue du monde, les Champs-Elysées, désertée par les Parisiens. Il en a imaginé l’allure en 2025, à la demande de l’association des propriétaires des enseignes qui constellent l’artère.

« C’est un endroit qui n’est plus attirant, constate-t-il. La dégradation s’accélère, et il n’y a pas eu un seul grand événement depuis vingt ans.

Pour tenter d’y remédier, Jean-Paul Viguier veut agir sur plusieurs axes, en jouant notamment sur la verticalité.

« Le but est de remettre ce territoire en mouvement », résume le concepteur.

Pour cela, il suggère d’ajouter aux bâtiments existants des étages modernes, sous forme de structures de verre transparentes, où installer des lieux de loisirs et de culture comme des bars ou des cinémas. Ce visionnaire propose aussi de créer un véritable quartier autour des Champs en utilisant la rue de Ponthieu. Cette voie parallèle, délaissée jusqu’à présent, deviendrait semi-couverte et en grande partie piétonne. Objectif : accueillir des galeries d’art et des théâtres pour faire revenir les Parisiens. Certes, ce projet est purement consultatif. Mais il a déjà tapé dans l’œil de plusieurs grands propriétaires de l’avenue. La mairie de Paris a aussi promis de lancer un groupe d’étude sur le projet. Jean-Paul Viguier est optimiste sur sa concrétisation.  S’inscrire dans le Plan climat et résoudre la crise du logement  Certains de ses confrères voient plus loin encore, comme le Belge Vincent Callebaut, à qui la municipalité a demandé d’imaginer le Paris de 2050. Avec une contrainte : dans le cadre de son Plan climat, la capitale cherche à réduire de 75 % ses émissions de CO2 d’ici à 2050.

Le résultat est spectaculaire : tours végétales près du Louvre, immenses fermes verticales le long du boulevard périphérique, buildings à capteurs solaires surplombant les bâtiments haussmanniens… La ville entière est réinventée à l’aune de la révolution écologique. L’architecte propose notamment de doubler, voire de tripler, la hauteur des immeubles.

« Le but est de répondre à la crise écologique et à celle du logement par une architecture qui mêle les bureaux et les appartements. De cette façon, la chaleur des bureaux permet, par exemple, de chauffer les habitations la nuit », soutient-il.

Dans ce Paris de 2050, tous les bâtiments produisent de l’énergie. Les designers se sont associés à des consultants en ingénierie qui ont calculé le bilan carbone des constructions imaginées : la moins efficace est autosuffisante et les autres produisent jusqu’à 290 % de leurs besoins pour redistribuer l’énergie alentour !

Ce serait ainsi le cas du quartier de la gare du Nord, redessiné pour l’occasion. Sur les quais, Vincent Callebaut imagine faire pousser, telles les tiges d’une fleur, des buildings à l’allure végétale qui surplomberaient les voies : une idée maligne pour offrir de nouveaux logements alors que la place manque. L’architecte suggère aussi de recouvrir les quais de la gare d’une surface piézo-électrique : une technologie qui produit de l’électricité par la friction des pas.

« Cela représenterait la moitié de l’énergie produite pour la gare », note l’architecte.

Le reste fonctionnerait grâce à des cellules photovoltaïques nouvelle génération en cours de développement à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. Ecologiques et technologiques, « ces projets représentent des défis, admet l’architecte, mais il n’y a pas d’impasse ! »

Pourquoi s’arrêter là ? Toujours à la demande de la mairie de Paris, le collectif Et alors a poussé l’exercice d’anticipation jusqu’à… 2100.

Sa mission : imaginer comment la capitale pourrait s’adapter aux prévisions les plus optimistes en matière de réchauffement planétaire, soit une augmentation de 2 °C. Dans ce Paris chimérique, les voitures seraient bannies, les éoliennes, bienvenues, et les immeubles, dotés de récupérateurs d’eau. D’innombrables fontaines seraient aussi prévues pour rafraîchir la cité. La Seine redeviendrait, quant à elle, un axe de transport et les quais s’organiseraient pour faire face à des crues de plus en plus fréquentes. Les projets ne manquent pas. Reste, maintenant, à passer de la parole aux actes.

Vu sur: www.leparisien.fr/magazine/

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